J’avance doucement jusqu’au bord de la falaise. A quelques mètres du bord, là où j’entends les vagues s’écraser contre la paroi abrupte en contrebas, je m’arrête pour prendre une grande inspiration. L’air iodé emplit mes poumons, tandis que les mouettes tournoient au-dessus de la mer déchaînée en poussant leurs cris éraillés.

Je n’ai jamais eu peur du vide, bien au contraire : il m’attire. Je me suis toujours demandé quel sentiment je pourrais bien ressentir si j’étais suspendu dans les airs, planant comme un oiseau, avec pour seule limite la ligne de l’horizon…

La liberté, une ultime liberté…

Lorsque j’étais petit garçon et que je grimpais dans les arbres, ma mère, postée à la fenêtre de la cuisine de notre petite maison de campagne hurlait de sa voix rauque : « Sébastien, descends de là immédiatement ou c’est moi qui viens te chercher ! ». Cela m’amusait beaucoup, car je savais bien qu’elle était incapable de venir me récupérer. Caché tout là-haut, j’étais intouchable.

D’un pas hésitant, je m’approche un peu plus près du néant, mais sans le regarder en face. Les nuages sont sombres, inquiétants, et ils semblent se déplacer à une vitesse folle. La tempête qui se prépare risque d’être féroce, et le temps m’est compté ; il l’est pour nous tous d’ailleurs…

Je suis maintenant tout au bord du précipice, sentant une première goutte de pluie ruisseler sur ma joue, ou alors une larme, ou peut-être bien les deux à la fois. Puis je me décide enfin à observer le spectacle qui se joue tout en bas : le ballet des vagues sur les rochers, l’écume épaisse qui éclabousse la grande muraille de pierre, les algues poisseuses malmenées par la force des éléments…

Pour la toute première fois de ma vie, j’ai le vertige, et je me demande même ce que ma mère penserait de tout ça.

Cachée sous mon grand pardessus en laine, je sors l’urne en granit que l’on m’a confiée la veille. Je l’ouvre le plus délicatement possible, et d’un geste rapide, je disperse les cendres qu’elle contient, laissant au vent le soin de choisir où il va les emporter…

Au soleil… ma mère adorait le soleil.

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Crédit photo : Instagram Hélène Legastelois

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture virtuel des Jolies Plumes. Le thème était celui-ci :

« Nous emmenons vos héros tout au bord, seuls ou accompagnés, face à l’immensité des paysages tout devant et tout autour, face à l’étroitesse des sous-bois, face au vide, face aux plaines, face à leurs limites, face à leurs pensées. A quoi pensent vos héros au creux de ces chemins pris comme pour s’échapper ? Pourquoi ont-ils entrepris ce voyage ? Que ressentent-ils face à ces paysages lointains ? Joyeux, tourmentés, profonds, légers… »

Pour être tout à fait honnête, je ne pensais pas participer à l’atelier ce mois-ci, parce que j’avais sans le vouloir déjà abordé ce sujet le mois dernier, avec Seul au monde. Et puis finalement, cette idée m’est venue, et j’ai eu très envie de raconter ce moment de vie de mon personnage. J’espère que vous avez apprécié.

Vous voulez participer à cet atelier ?  Ecrivez à : latelierdesjoliesplumes@gmail.com.

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