J’arrivais à destination. Je coupai le moteur de ma vieille Mercury Comet et me garai le long de la route sinueuse qui menait à Deer Creek Grove, au sud de ma Californie natale. Il était presque 13 heures, et l’endroit était désert. J’attrapai ma sacoche sur la banquette arrière, pour vérifier mon téléphone : douze mails, quatre appels en absence et un message vocal. Je soupirai… Je le glissai dans la poche de mon pantalon, et m’extirpai de la voiture.

L’air était doux, et le soleil caressait mes bras découverts. Je n’avais pas pris le temps de me changer en sortant du bureau, et je portais toujours une chemisette à carreaux noire et grise, celle qui faisait de moi un homme sérieux et dévoué à son travail. Mais aujourd’hui j’étouffais, j’avais besoin de prendre l’air… Je n’avais pas beaucoup de temps, et je commençai à me diriger en direction de l’immense forêt de séquoias géants située un peu plus haut.

Après vingt bonnes minutes de marche, on ne voyait presque plus le soleil au-dessus de la cime des arbres, mais les quelques rayons qui arrivaient à filtrer à travers l’épais feuillage me laissaient penser qu’il fallait que j’aille encore plus loin, là où personne ne pourrait plus m’atteindre.

Je marchais tête baissée, en prenant garde de ne pas écraser les nombreux champignons qui poussaient là, et aussi pour ne pas me confronter à l’immensité des arbres, qui me donnait le vertige. Quand j’étais petit, je grimpais souvent avec ma sœur dans le vieux chêne en face de chez nous, mais déjà à l’époque je refusais de monter trop haut, alors que Julie elle, ne pouvait s’empêcher de me défier avec sa petite voix de gosse à qui rien ne fait peur…

Je frissonnai… la forêt était devenue humide, et ma chemisette n’était pas suffisante pour maintenir mon corps au chaud. Intérieurement, j’étais très heureux de ne croiser aucun randonneur sur mon chemin, ils se seraient sûrement demandé pourquoi j’étais habillé de la sorte pour une balade en forêt : chaussures de ville et pantalon noir classique…

Un dernier coup d’œil vers le haut m’informa que je pouvais m’arrêter là, et je choisis un vieux tronc couché sur le sol pour m’asseoir quelques instants. J’enfonçai la main dans ma poche, et sortis mon portable : aucun réseau. Parfait.

Le regard perdu dans le vide, je me déconnectais petit à petit du monde qui m’entourait : mon chef Jeff, qui devait trouver scandaleux que je sois injoignable, ma femme Lydia, sûrement furieuse que je ne réponde pas à ses textos me demandant à quelle heure je comptais rentrer, et même le petit écureuil qui se trouvait au pied de l’arbre voisin… A cette minute précise, il n’était question que de moi, de ce que je voulais vraiment et de ce que je ne supportais plus… Et la réponse fut évidente : ce que je désirais le plus, c’était la liberté. Je voulais avoir le droit de ne pas répondre au téléphone, le droit de ne pas être connecté à ma boîte mail 24 heures sur 24, le droit de ne pas étaler ma vie sur Facebook sans que cela me fasse passer pour un homme asocial… Même en vacances, je devais rendre des comptes à mon entourage, alors qu’aujourd’hui, c’était un vrai moment de détente, même s’il avait duré seulement une heure.

Je regardai ma montre, il était bientôt 14 heures… j’étais déjà en retard. Je me levai rapidement pour retrouver ma voiture. Au bout de quelques minutes, je sentis mon téléphone vibrer : trente mails, onze appels en absence et quatre messages vocaux. Je soupirai… Je le glissai dans la poche de mon pantalon, et accélérai le pas.

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Crédit photo : Pinterest

Voici quel était le thème de l’atelier d’écriture du mois, orchestré par les Jolies Plumes :

« Le sel sur la peau, des grains de sables coincés entre les doigts de pieds, un chapeau en paille ou bien un foulard dans le cheveux. Pour certains, c’est la définition parfaite des vacances. Pour d’autres, ce sont de grandes randonnées entres les massifs qui ne sont plus enneigés. Vous ou votre personnage êtes aussi en vacances. Mais que sont les vacances pour vous/lui ? A quoi se résument-elles ? Avec qui êtes-vous/est-il ? A t-il vraiment des vacances ou en rêve t-il juste ? Et si les vacances c’était aussi seulement s’échapper 5 minutes dans ses pensées lors d’une réunion ? »

J’ai tout de suite trouvé le thème de mon histoire, parce que moi-même j’en rêve souvent, de me retrouver totalement déconnectée de ce monde qui va toujours plus vite… J’espère que ces lignes vous auront « parlé ».

Vous voulez participer les blogueuses ? Rejoignez l’atelier des Jolies Plumes en écrivant à : latelierdesjoliesplumes@gmail.com !

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