Je suis confortablement installé dans le canapé, les yeux mi-clos, quand le claquement de la porte m’oblige à sortir de ma rêverie. Je reste néanmoins immobile, tandis que les enfants se mettent à crier et à sautiller partout dans la maison, réclamant tour à tour de manger, regarder la télé, jouer sur l’ordinateur… Ils ne cherchent pas à savoir ce que j’ai bien pu faire de ma journée, ou encore si l’ennui ne m’a pas terrassé depuis ce matin : ils ne s’intéressent plus à moi.

Les cris redoublant d’intensité, j’enfonce la tête dans un des moelleux coussins qui m’entourent. Son odeur si particulière réussit à me remplir de réconfort : un subtil mélange d’amande amère et de vanille, ce parfum qui représente pour moi la chaleur et le confort d’un foyer. Je sens quelqu’un s’asseoir tout près de moi, en silence cette fois, pour venir doucement me caresser la nuque. La voix douce et rassurante de Marion parvient alors jusqu’à mes oreilles : « Coucou toi, comment vas-tu ? ». Je tourne la tête, lentement, pour plonger mes yeux dans les siens, mais je ne réponds rien. Je préfère l’ignorer et me lever rapidement, pour aller me poster devant la fenêtre : le temps est maussade, mais on arrive quand même à distinguer le soleil caché derrière les nuages, qui diffuse ses rayons au compte-goutte. Si j’allais prendre l’air, au lieu de rester cloîtré à l’intérieur, peut-être que mon moral s’améliorerait ?

Les enfants sont juste derrière moi maintenant, et j’essaye de me faire le plus discret possible : je n’ai aucune envie de me forcer à jouer avec eux, je préfère encore être une vulgaire décoration.  Sans un bruit, je me dirige vers la cuisine pour boire un peu d’eau, mais un fait inhabituel m’arrête dans ma lancée : la porte d’entrée est restée entrouverte… Sûrement Victor, le petit dernier, qui a oublié de la refermer correctement après son entrée en fanfare. J’hésite deux secondes : m’aventurer à l’extérieur seul, alors que je sais très bien que cela m’est interdit, ou rester là, où je sais que rien ne pourra m’arriver mis à part les quelques maltraitances dont je fais parfois l’objet…

Mais le choix est vite fait, j’ai besoin de savoir si je peux me débrouiller sans l’aide de ma famille, alors je m’empresse de passer le seuil de la porte, non sans un pincement au coeur, mais aussi une furieuse décharge d’adrénaline qui traverse mon corps tout entier. Je dévale les escaliers de notre immeuble à toute allure, pour me retrouver face à la nature… où plutôt le goudron, les feux tricolores et les coups de klaxon incessants… Je suis presque certain que j’aurais été plus à l’aise dans une jungle.

Je reste planté là quelques minutes, étourdi et apeuré par ce monde qui m’entoure. Les passants ne remarquent même pas mon existence. Ils ont tous l’air d’avoir quelque chose de très important à faire, une vie trépidante à mener, une famille à retrouver ? Trente minutes plus tard, je suis toujours recroquevillé devant la porte entrouverte de  l’immeuble qui abrite mon appartement, au 4ème étage. D’après mon estomac qui se met à grogner, l’heure du repas ne devrait pas tarder, et je ne sais pas du tout comment je pourrais me procurer de la nourriture. Résigné, je rebrousse chemin et remonte les marches une à une. Mon pas est lent, silencieux, tout comme l’individu que je suis devenu au fil des années.

J’avais raison, arrivé devant la porte d’entrée, j’arrive à distinguer les effluves du dîner qui se prépare ; mais elle est maintenant close, quelqu’un a dû penser à la refermer. Se sont-ils aperçus que j’avais disparu ? Une seule façon pour moi de le savoir : miauler le plus fort possible.

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Nouveau texte, un peu particulier si vous l’avez lu jusqu’au bout… J’ai pour habitude d’inventer des histoires dans le cadre de l’atelier d’écriture des Jolies Plumes, mais j’ai eu envie de me lancer un nouveau défi : écrire sans aucune ligne conductrice, en toute indépendance ! Voilà le résultat, en espérant que vous l’aurez apprécié.

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