Je me réveille en sursaut. Une goutte glaciale perle le long de ma tempe. Un cauchemar? Je ne me souviens de rien pourtant…

Après un rapide coup d’œil sur le réveil posé sur une des étagères en bois en face de moi, je me rends compte qu’il est 3h22. Ce réveil, c’est ma grand mère qui me l’a offert, il y a bien 10 ans de ça… et je n’ai jamais réussi à m’en séparer. Pourtant, il n’a rien de très viril : le cadran est parme et il y a même quelques petites fleurs qui viennent décorer l’ensemble. Cela me fait penser que j’avais promis de lui téléphoner dimanche dernier… Encore une fois je me suis loupé.

Un soupir me tire de mes pensées. Le souffle le plus exquis que je connaisse, celui de la fille qui partage ma vie depuis peu. Je me tourne légèrement pour pouvoir l’observer dormir : ses longs cheveux bruns caressent son dos sculpté et malgré ses yeux clos, je peux sentir la chaleur de son regard me pénétrer des pieds à la tête. La lune, faiblarde, projette sa lumière fantomatique sur son corps à peine recouvert d’une couverture turquoise. Sa couleur préférée. La couleur de ses yeux, qui ont la capacité d’indiquer le temps au fur et à mesure de la journée.

Quand il fait beau, ils prennent des reflets dorés, aussi scintillants que le soleil. Lorsqu’il pleut, ils deviennent gris comme le métal.

Mais là, elle me semble irréelle, comme translucide… presque morte. Comment je ferais si demain en me réveillant je ne la trouvais plus à côté de moi? Des frissons traversèrent mon corps tout entier. Je ne pouvais quand même pas la regarder s’ éteindre juste à côté de moi…

– Stéphanie ! Stéphanie réveille toi ! Mais réveille toi bordel !
– Qu’est ce qui se passe mon amour ? murmure-telle d’une voix encore endormie. Tu te sens bien ? Tu es tout pâle…

Mon regard croise alors mon reflet dans le miroir posé juste à côté de la bibliothèque de fortune que j’avais bricolée quelques mois auparavant. Effectivement, je suis aussi blanc qu’un drap d’hôpital ; mais ce qui me frappe le plus, c’est ce regard, dénué de toute expression. Fatigué. Désertique…

– Joris assieds toi ! m’ordonne doucement Stéph.
J’obtempére, encouragé par l’inquiétude que je peux déceler dans sa voix.

Une fois assis sur le rebord du lit, je n’entends plus la voix de Stéphanie, qui semble s’ agiter de plus en plus un téléphone à la main. Seulement les battements de mon cœur, toujours plus lents… toujours plus forts. Va-t-il exploser en mille morceaux dans ce petit studio parisien ?

Ma respiration elle, est devenue plus lente maintenant. Quelque chose m’ordonne de fermer les yeux, de me laisser glisser par terre, et d’attendre qu’on me récupère ; mais je ne peux pas. Je lutte de toutes mes forces, comme je le fais depuis toujours pour que l’on m’octroie un répit.

Le réveil indique 3h45. Je suis glacé. Je claque des dents, tandis que les bras de Stéphanie m’entourent et son parfum à la vanille m’enveloppe. Les battements de mon cœur ne sont plus qu’un chuchotis à présent, et je l’entends me murmurer qu’elle m’aime et que tout ira bien.

Moi aussi j’ai envie de lui dire des choses, mais ma bouche peine à s’ ouvrir désormais. Mes lèvres sont comme aimantées l’une à l’autre, refusant d’obéir aux commandes de mon cerveau.

J’enfonce mes doigts dans sa peau, en espérant qu’elle comprenne à quel point elle a bouleversé ma vie, combien elle rend mon quotidien plus doux… Elle comprend mon message, puisqu’elle attrape fermement mon visage entre ses deux mains, et me susurre « merci à toi ». Galvanisé par sa déclaration, je réussis enfin à lui adresser un mot:

– Stéph ?
– Oui Joris, dis moi, je t’écoute…

J’entends les sirènes d’une ambulance au loin. Une musique que je connais trop bien.

Il est 3h58.

Le cancer aura eu le dernier mot.


Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture des Jolies Plumes, orchestré par Fabienne et Célie… Le thème du mois était le suivant:

« Ce mois-ci, nous nous intéresserons aux petits détails, à la description. Décrivez un moment de la vie de votre personnage que ce soit quelque chose de routinier (à plus ou moins grande échelle – du petit-déjeuner au repas en famille) ou de plus exceptionnel voire même d’unique. Pour vous aider à rendre crédible votre texte faites appel aux cinq sens : décrivez ce que votre personnage voit, respire, touche, entend, ressent, pense, mange… »

C’est ma première participation à l’atelier, et je dois dire que je suis ravie de m’essayer à l’écriture pure et dure. J’espère que vous apprécierez ce petit texte autant que j’ai pris plaisir à le rédiger.

D’ailleurs, je tiens à adresser un grand merci à Laura du blog Virée dans l’espace pour m’avoir fait découvrir cet atelier…

Si vous souhaitez nous rejoindre, envoyez un petit mail à latelierdesjoliesplumes@gmail.com; vous serez très bien reçues!

Enfin, si vous avez des remarques concernant mon texte, surtout n’hésitez pas! Toutes les critiques constructives sont les bienvenues.

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