Il était presque 4 heures du matin. J’étais assise au coin du bar de la boîte où ma meilleure amie m’avait traînée, persuadée que le mec sur lequel elle avait des vues s’y trouverait. Elle avait raison. Cela faisait bientôt deux heures qu’elle imitait Beyoncé sur la piste en essayant d’attirer son attention. Dans le miroir situé juste en face de moi, j’arrivais à discrètement observer son guet-pens , qui ma foi avait l’air de plutôt bien fonctionner : les premières notes de « I don’t want to miss a thing » d’Aerosmith commençaient à résonner dans la petite pièce, et ses bras étaient maintenant accrochés à son cou. Mon regard se posa à nouveau sur mon verre, presque vide, et je décidai qu’il était temps pour moi de m’éclipser, maintenant que la proie était capturée. Ma vodka avalée d’un seul coup, je relevai la tête vers le miroir.

Je ne prêtais pas attention à ma mine fatiguée, je ne voyais plus ma copine, qui à ce stade devait avoir sa langue dans la bouche du bienheureux, je n’entendais plus la mélodie que j’aimais tant et je ne sentais plus l’effet de l’alcool sur mon organisme. Tout mon être était désormais attiré par la vision qui se trouvait devant moi, ou plutôt derrière moi. Je n’osais pas me retourner, par crainte que l’apparition ne se soit évaporée, ou bien à cause des conséquences qu’elle pourrait provoquer. Puis, en l’espace de quelques secondes, elle se trouvait assise juste à côté de moi.

Elle avait les cheveux blonds ondulés, qui lui arrivaient presque jusqu’aux épaules. Pourtant ils étaient attachés, mais j’arrivais à distinguer leur longueur grâce aux quelques mèches qui s’échappaient de son chignon visiblement fait à la va vite. Quand je me tournai vers elle, ses yeux noirs me dévisageaient. Je ne sais pas si elle l’avait remarqué, mais ce simple regard provoqua comme un coup de poignard au creux de mon ventre. Depuis combien de temps cela ne m’était pas arrivé ? Est-ce que cela m’était véritablement arrivé auparavant ?

Je fermai les yeux , de peur qu’elle puisse lire dans mes pensées en un battement de mes cils. Le barman m’interpella, m’obligeant à ouvrir la bouche :

– Tout va bien ? Il vous faut quelque chose d’autre mademoiselle ?

– Une autre vodka pomme merci.

J’allais donc rester assise sur ce tabouret un peu plus longtemps que prévu.

– Et pour toi Marianne ?

– La même chose… et je paye les deux !

Cette fois, je me tournai franchement vers la jeune femme, qui s’appelait donc Marianne.

– Merci, mais je peux payer mon verre.

Je ne sais pas pourquoi j’étais si sèche d’un coup, mais je ne voulais pas qu’elle me prenne pour ce que je n’étais pas, même si moi-même j’avais du mal à définir ce que j’étais, qui j’étais, à ce moment précis.

– Relax ! Cela n’engage à rien, un verre ne veut pas forcément dire que tu vas finir dans mon lit ce soir. Enfin ça c’est toi qui vois, dégaina-t-elle d’un ton amusé.

Le rouge était monté en flèche jusqu’à mes joues, et j’essayais de le cacher tant bien que mal. Pour dissiper mon malaise, je préférai faire la fille indifférente, tellement habituée à recevoir ce genre de remarques en soirée…

– Ok ça me va ! Tu viens souvent ici j’ai l’impression non ? Le barman connaît ton nom.

– C’est vrai, mais je ne connais pas le tien…

– Cassandra, je m’appelle Cassandra.

– Enchantée Cassandra.

Je lui décrochai enfin un sourire, même si en mon fort intérieur, c’était un vrai raz de marée émotionnel qui était en train de se produire. Je lançai un regard vers la piste, pour mettre fin à mon inconfort, essayant en vain de trouver ma meilleure amie et son nouveau mec. Aucune trace d’eux sur la piste, ni dans les fauteuils miteux situés juste à côté. Je commençais à m’inquiéter. Je me retournai vivement vers Marianne :

– Tu m’excuses une minute, je veux juste aller vérifier que l’amie avec laquelle je suis venue va bien.

– Une amie ? Ou une petite-amie ?

– Une amie…

Je n’attendis pas sa réponse, mais j’imaginais très bien un sourire satisfait se dessiner sur ses lèvres.

Après un rapide passage dans les toilettes des filles, l’oreille quasiment collée à chaque porte fermée, je décidai de zapper l’endroit réservé aux hommes pour continuer mes recherches sur l’immense parking de la discothèque. Je me demandais d’ailleurs pourquoi il était aussi grand, alors que les lieux pouvaient accueillir 50 personnes à tout casser. Je scrutais consciencieusement les voitures une à une, mais je ne voyais aucun indice de la présence d’Emilie dans les parages. Résignée, je rejoignis mon tabouret et Marianne… qui avait elle aussi disparu.

Les émotions se bousculaient dans ma tête et dans mon corps, je n’arrivais pas vraiment à déterminer si j’étais déçue ou soulagée que Marianne se soit volatilisée ; avait-elle même vraiment existé ? La vodka m’avait-elle fait perdre la raison ? Et même la mémoire ? Pourtant, son parfum musqué flottait encore dans les airs, je pouvais le sentir, et quand je jetai un œil à la place vide à côté de la mienne, je remarquai qu’un verre  se trouvait sur le comptoir… un verre de vodka pomme. Pourquoi était-elle partie sans rien dire ?

Soudain, me tirant de mes pensées, des bras s’enroulèrent autour de moi et la voix perchée de mon amie Emilie me chuchota dans l’oreille :

– Ça va ma copine chérie ? Détends-toi un peu, tu es toute crispée, on dirait que tu as vu un fantôme !

Je souris intérieurement, elle était la reine pour viser juste… Mais je préférai lui faire part de mon agacement :

– Non, je n’ai pas vu de fantôme, mais je t’ai cherchée partout, donc oui, je suis un peu sur les nerfs !

– Mais fallait pas, j’ai juste été faire un petit tour chez les hommes, il n’y avait plus de place chez les filles !, lança-t-elle en rigolant. Allez viens on rentre, ce mec est un gros nul, il n’avait même pas de capote sur lui.

Je souris franchement cette fois. Malgré son côté insouciant, Emilie était aussi la fille la plus réfléchie que je connaissais. J’attrapai mon sac et suivis mon amie jusqu’à l’extérieur, laissant nos deux verres, celui de Marianne et le mien, à moitié vides ou à moitié pleins, je n’aurais su le dire, posés sur le bar en marbre.

Saisie par le froid, je cherchai désespérément mon téléphone pour appeler un taxi. A côté de moi, Emilie, avec sa jupe fendue et un débardeur qui lui arrivait au-dessus du nombril gesticulait dans tous les sens pour lutter contre ses grelottements. Et alors que je fouillais dans mon sac, mon regard se posa sur un petit bout de papier où il était écrit « Appelle-moi ». Quand je tournai le papier, il y avait un numéro de téléphone et une initiale… M.

– Bon alors, tu l’as trouvé ton foutu portable ou quoi ? hurla Emilie, qui commençait à devenir bleue.

– Oui ça y est, ça y est… Ecoute Em, finalement je ne vais pas dormir chez toi ce soir, je dois passer voir quelqu’un…

– Ahhhhh la cachottière ! Tu as trouvé un mec ce soir c’est ça ?

Je ne répondis pas. Pas encore. J’avançais à l’aveuglette, je ne savais pas encore si cette rencontre allait être décisive, si ma personnalité allait en être bouleversée… mais j’étais prête à le découvrir.

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Source : Beatriz Sanchez (Instagram spainarchs)

Voici un nouveau texte rédigé pour l’atelier d’écriture virtuel des Jolies Plumes. Ce mois-ci, notre thème était : « Quête d’identité – Votre personnage va vivre une expérience qui va révéler un aspect de sa personnalité, de son identité qu’il ne connaissait pas lui-même. Quelle est cette expérience ? La vivra-t-il seul, accompagné ? Que va-t-elle changer dans sa vie ? A vous de nous raconter ! ».

Sur le même thème, Laura du blog Virée dans l’Espace a rédigé un texte plutôt sombre mais également émouvant, et Lexie Swing a encore une fois écrit une histoire pleine de poésie… N’hésitez pas à leur rendre une petite visite !

Pour rejoindre l’atelier, envoyez un mail à latelierdesjoliesplumes@gmail.com !

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