Henri est assis en face de moi, une cigarette pendue à ses lèvres. La fumée se dissipe dans le ciel bleu azur qui ne compte aucun nuage en ce 1er septembre. A la hâte, il écrase sa cigarette dans le cendrier posé au milieu de la table, pour attraper la tasse de café que je lui tends. Il boit lentement, les yeux mi-clos, ses boucles brunes balayant son front. Quand il la pose, je vois la mousse du café au lait au coin de sa bouche. Je suis la seule à l’avoir remarquée pour le moment, les autres continuent de jacasser gaiement tout en piochant dans le généreux petit-déjeuner que j’ai préparé. Henri plante alors son regard dans le mien. Il me sourit, mais je ne lui dis rien. Je laisse plutôt mon esprit repartir en arrière.

Henri a 10 ans.  C’est le jour de la rentrée scolaire. Sur un ton faussement solennel, je lui lance :

– Tu es un homme maintenant, il est temps que je te donne quelque chose qui va te motiver pour la journée.

Il se redresse, l’air fier alors que ses petits yeux noisette s’illuminent.

– Ah oui ? C’est quoi ?

– Un peu de patience mon ange…

– Allez ! Dis-moi ce que c’est !

Je range la brique de lait dans le frigo et je dépose un bol devant lui. Ses yeux semblent alors devenir immenses.

– C’est vrai… j’ai le droit ?

– Oui Henri… Tu es grand maintenant. Le CM2 c’est important, je compte sur toi pour réussir ton année !

– Promis.

Puis avant de porter le bol à ses lèvres, il rajoute plein d’entrain :

– T’es trop gentille maman, c’est toi la meilleure !

Je souris, le coeur rempli d’amour. Puis, quand il relève la tête vers moi avec la mousse du café au lait au coin de la bouche, je ne peux m’empêcher d’éclater de rire.

– Viens par là mon chéri…

Je l’attrape pour lui frotter la bouche avec mon pouce. Il rit aussi, et nous restons là enlacés un moment, avant qu’il ne prenne le chemin de l’école.

J’ai l’impression que c’était hier, que vingt ans de ma vie ont défilé en une fraction de seconde…

– Tu vas bien maman ? me demande Henri.

Soudain, toute l’attention se porte sur moi. Les invités interrompent leur conversation, puis avant d’attendre une réponse de ma part, Laura, assise à côté de mon fils, se met à rire aux éclats :

– C’est adorable Henri, tu as de la mousse au coin de la bouche. On dirait un enfant !

Henri rigole aussi tandis que Laura l’attrape pour l’embrasser tendrement. Laura, la nouvelle femme de sa vie…


Ce texte a été écrit en réponse au thème proposé par l’atelier d’écriture des Jolies Plumes :

« Pour le thème du mois de septembre, nous revenons vers une méthode/technique qui nous est chère en vous donnant une phrase et en vous laissant broder autour. Pas besoin de l’incorporer dans votre texte si elle n’y a pas sa place, ni de commencer ou de finir avec, elle peut se voir ou juste se sous-entendre, à vous de jouer avec, et de nous dire ce qu’elle vous inspire : Mais t’avais au coin de la bouche la mousse du café au lait ».

Je suis très en retard dans ma publication, tout simplement parce que je n’arrivais pas à trouver ce que je voulais raconter avec cette phrase. Et puis, je me suis simplement laissée porter parce qu’elle m’inspirait, les souvenirs qu’elle évoquait en moi : la famille.

Vous êtes blogueur.se ? Rejoignez l’atelier ► latelierdesjoliesplumes@gmail.com ◄

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